Théorie mimétique

La théorie mimétique a été élaborée à partir d’une théorie du désir, inspirée à son auteur par la lecture de romans. Elle a pris ensuite les sociétés archaïques et les tragédies grecques comme objets d’étude. Puis elle s’est orientée durablement vers l’exégèse biblique. Le dernier ouvrage de René Girard explore l’histoire contemporaine : la théorie mimétique s’y présente enfin comme « une raison apocalyptique », qui se distingue de la raison des Lumières parce qu’elle « prend le divin au sérieux ».  

 

(les mots en gras ci-après sont en lien avec les notions clés approfondies sur d'autres pages)

 

On aurait tort de penser que l’œuvre de René Girard, par la diversité de ses objets d’étude, (la grande littérature, les religions archaïques, la Bible et « notre apocalyptique présent ») manque de continuité et d’unité. C’est tout le contraire : René Girard, tout au long de son travail théorique et scientifique, ne parle que d’une seule chose, qu’il nomme « mimésis »,le véritable sujet de l’aventure humaine.

 

La première étape de l’anthropologie girardienne est la découverte du « désir mimétique ». Le désir est ce qui se substitue au besoin quand il est imité. Il est envieux dès l’origine. La structure du désir est triangulaire. Un individu, pour tout et aussi pour désirer a besoin de modèles.  A force d’imiter quelqu’un, on lui ressemble et, en désirant par exemple la même femme, des amis deviennent rivaux. La conséquence en est que la mimésis, qui porte en elle le principe de la sociabilité (qui se ressemble s’assemble) porte aussi en elle la rivalité mimétique et les « crises » qui génèrent tous les désordres individuels et collectifs. Une crise mimétique est la crise des différences qui structurent une relation et l’ordre social. L’indifférenciation est la montée aux extrêmes du désir mimétique, le duel des frères ennemis quand il affecte la communauté tout entière.

 

La seconde étape est anthropologique à proprement parler : il s’agit de comprendre comment, sur la base du caractère destructeur des rivalités mimétiques, les sociétés humaines ont pu émerger et durer. Comment l’ordre a-t-il pu sortir du désordre ? A partir d’une enquête sur le sacrifice, Girard fait sa seconde découverte : celle du « mécanisme victimaire »ou du meurtre fondateur. La catastrophe de l’indifférenciation, symbolisée par la peste dans les mythes, aurait, par hypothèse, en se répétant des milliers de fois à l’aube de l’humanité, trouvé une issue dans un meurtre collectif au cours duquel le « tous contre tous » de la crise se serait métamorphosé, mimétiquement, en « tous contre un » ; Girard découvre l’origine du religieux, ( les rituels, les interdits et les mythes,) et montre comment les hommes se sont humanisés en sacralisant et en divinisant leur propre violence : « les dieux n’existent pas avant d’avoir été tués ».

 

La troisième étape répond à un souci épistémologique : comment sommes-nous devenus anthropologues ? D’où nous vient la connaissance (hypothétique, donc scientifique) de ces « choses cachées depuis la fondation du monde » ? La réponse est d’une grande hardiesse et nouveauté : la « Révélation biblique » et particulièrement les Evangiles, ont détraqué « la machine à faire des dieux » ; en dévoilant l’innocence de la victime, ces textes ont rendu la contention de la violence humaine problématique : « la Révélation prive les hommes du religieux…le sacrifice disparu, il n’y a plus que la rivalité mimétique et elle monte aux extrêmes. » (AC, p. 334).Penseur apocalyptique, Girard pense qu’on ne sort pas du religieux sans sortir de l’humain, c’est pourquoi la théorie mimétique a aussi une dimension théologique et apologétique.

 

 

Présentation de la théorie mimétique par René Girard 

Extrait (7mn) de de l'émission Océaniques

(émission de Alain Joubert, Michel Cazenave et Jean-Daniel Verhaeghe).

 

 

Le Sens de l'Histoire

Entretien avec Benoît Chantre, réalisé par le Centre Pompidou, à l'occasion de l'exposition "Traces du sacré

 

Le hasard ou la nécessité a voulu que le parcours adopté par les commissaires de l'exposition.recoupe les grands moments du livre d'entretiens que René Girard venait de réaliser avec Benoît Chantre.

"Achever Clausewitz" permet à René Girard d'inscrire dans une perspective historique et non plus seulement anthropologique le rapport qu'il a établi entre la violence et le sacré.

Filmé le 7 décembre 2007, ce nouvel entretien prend donc naturellement comme point de départ l'année 10806 et la bataille de Iéna. La foudroyante défaite infligée par Napoléon à la Prusse marque en effet de façon décisive l'oeuvre et le destin de Carl Von Clausewitz; elle constitue aussi un de ces ébranlements majeurs qui modèlent le visage de la modernité.

 

1. Clausewitz et Napoléon (12')

 

2. Hegel et le christianisme (4')

 

3. Hölderlin, Dostoïevski et Nietzche (20')

 

4. Badelaire et Wagner (7')

 

5. Le Sacre du printemps (12')

 

6.Le Temps retrouvé (15')

 

 

 

 

Pour aller plus loin

 

> Les notions clés de la théorie mimétique

Le désir triangulaire, Désir et rivalité mimétiques, Indifférenciation, Le bouc émissaire, L'unité des cultures, Mensonge mythique et vérité biblique, La révélation évangélique, L'Apocalypse

 

> Le vocabulaire de la théorie mimétique

Désir mimétique, désir triangulaire, médiateur, mythe, apocalypse...

 

> Une bibliographie générale 

Quelques conseils de lecture pour aborder la pensée de René Girard ou l'approfondir.

 
Dernière modification : 31/03/2020