Violence et représentation


Vers de nouvelles voies d’interprétation des phénomènes artistiques à la lumière des analyses girardiennes de la violence et du sacré

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Cycle de conférences dirigé par Jérôme Thélot et Jean Nayrolles

 

Un samedi par mois, du 12 décembre 2020 au 13 novembre 2021.

Les intervenants sont Jean-Marc Bourdin, Jeanne Dorn, Rémi Labrusse, Didier Laroque, Jean Nayrolle, Jérôme Thélot et Lucien Scubla. 

 

Les conférences (45mn + débat) sont enregistrées, voir ci-dessous.

 

Parce qu’elle concerne les phénomènes humains en tant que tels, la théorie mimétique éclaire les domaines les plus divers des sciences de l’homme. Mais il ne faut pas oublier que René Girard en a élaboré la première application dans le champ de la littérature, c’est-à-dire dans une forme particulière de création artistique. À ses yeux, il n’y avait pas de différence de nature entre un savoir contenu dans un texte littéraire et un savoir forgé dans un but scientifique (à ceci près que le premier, surtout s’il émane d’un Shakespeare ou d’un Dostoïevski, offrira plus de profondeur que le second). Mais face aux autres formes d’art, en particulier face aux images, la théorie mimétique s’est montrée plus timide. Le cinéma seul semblait pouvoir en bénéficier pleinement, du fait de son contenu narratif qui l’apparente au roman.

 

Que la notion d’imitation, si décisive pour l’histoire de l’art, n’ait pas été explorée à la lumière de la théorie mimétique, et que, symétriquement, les anthropologues réceptifs aux questions soulevées par René Girard n’aient guère cherché à étendre leur réflexion au domaine des arts visuels, voilà qui ne laisse pas d’étonner. C’est sans doute que les enjeux de la confrontation ne se situent pas au croisement des deux sortes d’imitation, l’artistique et l’anthropologique, mais plutôt dans le renouvellement et l’élargissement des analyses prenant en compte les questions de la violence et du sacré. Du reste, l’interprétation, inaugurée par Girard à la fin de sa vie, des images retrouvées à Çatal Höyük, le célèbre site anatolien du premier urbanisme néolithique, indiquait une voie qu’on aurait tort de réserver au seul monde archaïque.

 

Sous le titre "Violence et représentation", ce cycle de conférences cherchera à aller plus loin dans la direction indiquée, mais aussi — espérons-le — à ouvrir de nouvelles voies d’interprétation. Une anthropologie de l’art qui situe les images dans une économie de la violence et du sacré, une sociologie de l’art qui situe l’œuvre d’art dans le monde des objets du désir, une phénoménologie de l’art qui situe les chefs-d’œuvre de la peinture ou de la sculpture dans une phylogenèse des pratiques du peintre et du sculpteur, formeront l’horizon de ces travaux.

 

"ART, VIOLENCE ET SACRE"

par Jean Nayrolles

Samedi 20 février

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Dans la genèse des formes artistiques de plusieurs civilisations, au premier rang desquelles se situe la Grèce, la réalisation plastique d’une anatomie humaine apparaît et s’impose comme l’axe même de la beauté du visible en se substituant à un corps réel voué à la destruction par le sacrifice. Nombre de mythes conservent le .../...

 

 

 

Affiche Nayrolles 2Video ci-dessous, durée 45 min

 

 

Nombre de mythes conservent le souvenir à peine voilé de ce phénomène de substitution sacrificielle pourtant demeuré inaperçu. De la contre-violence primordiale qui s’y dessine, les ressorts seront oubliés mais n’en demeureront pas moins inscrits dans l’histoire de l’art telle qu’elle s’est déployée jusque dans la culture moderne.

 

C’est à suivre les recompositions successives de ce lien noué aux origines entre art et violence qu’invitera cette conférence. L’enquête sera menée jusqu’au seuil de la modernité où l’on voit la structure victimaire s’inverser et l’artiste romantique se désigner lui-même comme objet de réprobation. Dès lors, ce que l’on appelle art moderne apparaîtra comme une production qui, pour advenir dans toute sa force disruptive, doit recréer fantasmatiquement le cercle d’hostilité propre au dispositif sacrificiel.

 

C’est son parcours d’historien de l’art qui a conduit Jean Nayrolles sur un terrain situé aux confins de l’histoire et de l’anthropologie. Parti de l’étude des phénomènes de redécouvertes artistiques, il s’est ensuite consacré à des recherches sur l’historiographie des origines de l’art depuis l’Antiquité, formant une sorte d’archéologie du primitivisme moderne. La découverte à cette occasion du lien entre art et violence, lien qui ne relève pas de l’ordre des discours ni d’une simple histoire des représentations iconographiques mais bien d’une étiologie des fondements de la culture, est à l’origine des deux livres qu’il a récemment publiés aux éditions Kimé : "Du sacrificiel dans l’art "(2019) et "Le Sacrifice imaginaire. Essai sur la religion de l’art chez les Modernes "(2020).

 

 

 


"PORTRAIT DE L'ARTISTE AU CENTRE DU MONDE".

PAR JEAN NAYROLLES

Samedi 20 février 

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Nous savons depuis le siècle dernier que la culture la plus raffinée ne contient aucun antidote contre la violence la plus monstrueuse. Ne voulant plus soutenir que les arts adoucissent les mœurs, on pourrait finir par croire que les mœurs et les arts vivent des destins séparés. Mais il n’en est rien. La sphère de l’art n’a jamais cessé de se

 

Nayrolles YTVideo ci-dessous, durée 45 min

 

 

 

La sphère de l’art n’a jamais cessé de se couler dans la matrice anthropologique dont est toujours sortie l’instance sacrée, or cette matrice n’est autre que la structure de la violence émissaire.

La création artistique a partie liée avec celle-ci depuis des temps très reculés qui, à en croire de nombreux mythes, virent les premiers corps sculptés ou peints se substituer aux corps des victimes promises à un rituel de mort. De cette genèse refoulée, il n’est surtout resté, jusque dans les premiers siècles modernes, qu’une vive fascination pour la puissance des anciennes oblations sanglantes dont l’art et la littérature se sont fait amplement l’écho. Mais avec la révolution romantique, la structure sacrificielle connaît à nouveau une profonde mutation. Délaissée en tant qu’image extérieure, elle se voit à la fois intériorisée par les artistes et renversée dans sa forme. Alors que la victime était autrefois désignée par un rassemblement unanime, voilà qu’elle s’auto-désigne désormais en définissant elle-même le cercle d’hostilité refermé autour de sa personne.

S’attribuant la place située au centre de ce cercle extensible à l’infini, l’artiste moderne se retrouve, symboliquement, au centre du monde. Ce faisant, il apparaît comme absolument unique au sein de la communauté humaine. Et c’est de cette unicité que la création moderne tirera toute sa force. Conçue à distance du cercle d’hostilité, l’œuvre d’art se déploie désormais hors du sens et du goût communs, puisant dans le schéma ainsi formé les conditions de sa radicale nouveauté.

 

Jean Nayrolles

C’est son parcours d’historien de l’art qui a conduit Jean Nayrolles sur un terrain situé aux confins de l’histoire et de l’anthropologie. Parti de l’étude des phénomènes de redécouvertes artistiques, il s’est ensuite consacré à des recherches sur l’historiographie des origines de l’art depuis l’Antiquité, formant une sorte d’archéologie du primitivisme moderne. La découverte à cette occasion du lien entre art et violence, lien qui ne relève pas de l’ordre des discours ni d’une simple histoire des représentations iconographiques mais bien d’une étiologie des fondements de la culture, est à l’origine des deux livres qu’il a récemment publiés aux éditions Kimé : "Du sacrificiel dans l’art" (2019) et "Le Sacrifice imaginaire. Essai sur la religion de l’art chez les Modernes" (2020).

 

 

 

 

" GÉRICAULT. GÉNÉALOGIE DE LA PEINTURE "

PAR JERÔME THELOT

Samedi 13 mars 2021

 

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On connaît Géricault pour ses peintures de chevaux transis par la foudre, pour ses portraits d’enfants les plus troublants de l’art français, pour ses têtes de fous qui
n’ont aucun équivalent dans l’histoire de la peinture, et pour son immense tableaurévolutionnaire, Le Radeau de la Méduse, chef-d’œuvre du Romantisme, protestation de
la vie jusque dans la mort. .../...

 

 

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On connaît Géricault pour ses peintures de chevaux transis par la foudre, pour ses
portraits d’enfants les plus troublants de l’art français, pour ses têtes de fous qui
n’ont aucun équivalent dans l’histoire de la peinture, et pour son immense tableau
révolutionnaire, Le Radeau de la Méduse, chef-d’œuvre du Romantisme, protestation de
la vie jusque dans la mort. On sait aussi que son existence fut brève et fulgurante, son
œuvre inachevée et inspirée, et que sa mémoire fut révérée par tous les artistes du
XIXe siècle.


Mais à la faveur du renouveau des études sur ce peintre, on peut montrer maintenant
que Géricault fut en outre un penseur, aussi grand qu’il fut grand artiste ; et on peut
postuler à titre d’hypothèse herméneutique que sa pensée fut une généalogie de la
peinture.


On découvre d’abord dans ses premiers ouvrages de 1808 à 1814 son premier
tourment qui fut de questionner la différence entre l’homme et l’animal, son travail se
définissant alors comme conscience de soi de la peinture, où l’existence humaine sort
de la vie par la représentation. Ensuite, de 1814 à 1817, en particulier dans les études
exécutées en Italie, on voit que l’artiste remonte jusqu’au fondement de la
représentation dans la violence  Puis l’analyse du tableau de 1819, Le Radeau de la
Méduse, révèle que sa généalogie de la peinture s’y parachève, exhibant dans la vie
originaire la provenance de la violence. Au cours des années d’avant sa mort en 1824,
éclate enfin la force la plus audacieuse dont le peintre fut doué – la force de la
compassion –, qui fait la beauté irrésistible de ses lithographies, de ses portraits et de
ses études de tête, où, abaissant son art, il en a réalisé la possibilité la plus féconde,
témoignant de la présence d’autrui et de la transcendance de cette présence par
rapport à toute image. Ainsi se manifeste l’unité profonde de l’œuvre entière de
Géricault : connaissance de soi, critique de la violence, affirmation de la vie et lucidité
de la compassion.


Jérôme Thélot, ancien élève d’Yves Bonnefoy au Collège de France, disciple aussi de René Girard et de Michel Henry, est essayiste et traducteur, et professeur de littérature française à l’Université de Lyon. Ses écrits portent sur la poésie romantique et moderne, sur la philosophie de l’affectivité, et sur les conditions de l’image. Il développe auprès des auteurs qu’il interroge, en particulier Baudelaire, Rousseau, Dostoïevski, Sophocle, une poétique générale qui remonte à la fondation de la parole et de la représentation dans la violence originelle. Ses travaux sur la photographie ont d’abord décrit les conséquences de l’invention de celle-ci sur la littérature (Les inventions littéraires de la photographie, PUF, 2003), puis les caractères propres de sa phénoménologie (Critique de la raison photographique, Les Belles Lettres / Encre marine, 2009). Ses « Notes sur le poétique » (Un caillou dans un creux, Manucius, 2016) explicitent les attendus de sa recherche.


 

 

 

 

Samedi 10 avril à 15h : Olivier Rey

" Ce que la Pietà d’Avignon donne à voir et à entendre "

Olivier Rey est mathématicien et philosophe, chercheur au CNRS, enseignant en philosophie à l’Université Paris 1

 

Samedi 8 mai à 15h : Jeanne Dorn

"Bonnefoy et Poussin"

Jeanne Dorn est doctorante en histoire de l'art à l'université Paris X Nanterre, où elle prépare une thèse sur la pensée de l'art d'Yves Bonnefoy.

 

Samedi 12 juin à 15h : Jean-Marc Bourdin

"Marcel Duchamp ou comment sacrifier (à) la mode du refus

Jean-Marc Bourdin a soutenu une thèse de doctorat en philosophie sur René Girard à l'Université Paris-VIII.

 

Samedi 11 septembre à 15h : Rémi Labrusse

« Violence et Néolithique : un mythe moderne ? »

Rémi Labrusse est professeur d’histoire de l’art contemporain, co-directeur du laboratoire Histoire des arts et des représentations (Paris Nanterre)

 

Samedi 9 octobre à 15h : Didier Laroque

« Le temple dorique et le sacrifice »

Didier Laroque est professeur d'esthétique à l'Ecole nationale supérieure d'architecture Paris-Val de Seine

 

Samedi 13 novembre à 15h: Table ronde

Table ronde avec tous les intervenants du cycle et Lucien Scubla, enthropologue.

 

 

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VIOLENCE et REPRESENTATION

 

 

 
 
 
Dernière modification : 25/03/2021