Essai sur la violence politique
La fonction première de l’Etat moderne est d’assurer la protection de ses citoyens : de les protéger les uns des autres et de les défendre contre les adversaires extérieurs. Pourtant, les violences à l’égard des populations civiles, les génocides, nettoyages ethniques ou massacres organisés sont pour l’essentiel perpétrés par des Etats et, dans une large mesure, contre leurs propres citoyens.
Le présent essai montre que ces actes ne sont pas des accidents contingents, mais des événements inscrits dans la structure même de l’Etat. Par un saisissant retournement, ce dernier, ne pouvant plus faire de l’ennemi extérieur un bouc émissaire, s’est mis à multiplier les ennemis de l’intérieur. Cet affolement de la raison politique révèle l’échec de son mécanisme constitutif : le transfert de la violence vers des victimes acceptables.
Comment de tels dérapages ont-ils pu avoir lieu ? L’auteur met en valeur deux facteurs essentiels négligés tant par les historiens que par les philosophes politiques : l’indifférence des individus libérés de leurs anciennes obligations de solidarité ; l’effet terrorisant d’actions menées au nom de l’Etat, détenteur du « monopole de la violence légitime », c'est-à-dire, d’une légitimité a priori indiscutable.
Ainsi l’ordre politique moderne, censé remplacer le sacrifice archaïque, repose sur une économie de la violence de même nature, mais beaucoup moins efficace. Les sacrifices à la nation, à la cause ouvrière ou à toute cause transcendant l’individu sont, eux aussi, devenus inutiles. La violence politique s’avère incapable de donner naissance à un ordre stable. Cette autodestruction du politique est l’un des signes les plus inquiétants de notre temps.
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