Economie -

INTRODUCTION

 

La théorie mimétique, un puissant outil d’analyse des faits économiques

 

Pour René Girard, « Les procédés qui permettent aux hommes de modérer leur violence sont tous analogues, en ceci qu'aucun d'eux n'est étranger à la violence » (La violence et le Sacré, Grasset 1972, p. 41). En tant qu’elle vise à organiser une forme de compétition non sanglante entre tous les membres de la société, l’économie de marché n’échappe pas à cette règle. Loin d’être seulement le règne du « doux commerce » vanté par Montesquieu, le monde économique est le lieu d’un combat incessant de tous contre tous pour acquérir un maximum de richesse monétaire. L’application de la théorie mimétique à l’analyse des faits économiques a d’ores et déjà donné lieu à plusieurs ouvrages qui font date.

Dans L’enfer des choses (Seuil 1979), Paul Dumouchel et Jean-Pierre Dupuy montrent comment la polarisation du désir mimétique sur les biens marchands permet de contenir efficacement les formes les plus brutales de la violence sociale, tout en produisant de nouvelle formes de violence et de sacrifice. En d’autres termes, « l’économie contient la violence, dans les deux sens du mot » (J-P. Dupuy). Outre les différents livres consacrés par ces deux auteurs aux questions économiques, il convient de mentionner les importants travaux de Michel Aglietta et André Orléan sur la monnaie, depuis La violence de la monnaie (PUF 1982).

Dans L’empire de la valeur (Seuil 2011), André Orléan utilise la théorie mimétique pour dépasser les insuffisances de l’approche économiques de la valeur. Il montre que celle-ci ne peut être rapportée ni au travail (la « valeur travail »), ni à l’utilité. La valeur économique émerge d’abord comme résultat d’un processus de polarisation mimétique centré sur la monnaie, le « désir de liquidité » convergeant spontanément vers un bien susceptible d’être échangé contre tous les autres. Outre son intérêt théorique, cette approche est d’une grande utilité pour comprendre l’instabilité et l’irrationalité apparente des marchés, la dynamique explosive des crises financières et, plus généralement, l’économie comme phénomène anthropologique. 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Aglietta Michel et Orléan, André,

La violence de la monnaie, PUF, 1982.

La monnaie entre violence et confiance, Odile Jacob, 2002.

 

Mark Rogin Anspach, 

À charge de revanche. Figures élémentaires de la réciprocité, Le Seuil, 2002. 
Dans l’œil du cyclone, Colloque de Cerisy, (éd.),  Carnets Nord 2009.

 

Chemillier-Gendreau, Monique,

« L’État contemporain à la lumière de l’œuvre de René Girard » in L'État moderne, horizon 2000 : aspects internes et externes : mélanges offerts à P.-F. Gonidec, LGDJ 1985.

 

Cohen, Daniel,

Le monde est clos et le désir infini, Albin Michel, 2015

 

Dumouchel, Paul et Dupuy, Jean-Pierre,

L’Enfer des choses. René Girard et la logique de l’économie, Seuil, 1978.

 

Dupuy, Jean-Pierre,

La panique, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1991.

Le Sacrifice et l’Envie. Le libéralisme aux prises avec la justice, 1992. sociale, Paris, Calmann-Lévy, (édition de poche : Libéralisme et justice sociale, Hachette, coll. « Pluriel », 1997. 

L’Avenir de l’économie. Sortir de l’économystification, Flammarion,2012.

 

Pierre-Yves Gomez,

Qualité et théorie des conventions, Economica, 1994

L'entreprise dans la démocratie : Une théorie politique du gouvernement des entreprises, De Boeck, 2011

Le travail invisible. Enquête sur une disparition,  François Bourin Editeur, 2013
 

Orléan, André,

(avec Aglietta Michel)

La violence de la monnaie, PUF, 1982.

L’empire de la valeur. Refonder l’économie, Seuil, 2011.


Wolfgang Palaver et Petra Steinmair-Pösel (sous la direction de),

 Passions in Economy, Politics, and the Media, Lit Verlag 2005,. 
 

Radkowski, (Georges-Hubert de),

Métamorphoses de la valeur, Presses universitaires de Grenoble, 1987.

Les Jeux du désir. De la technique à l’économie, Presses universitaires de France, 1980 (nouvelle édition : PUF, coll. « Quadrige », 2002). 

 

Marie-Claude Sicard, 
Les ressorts cachés du désir. Trois issues à la crise des marques, Pearson Education France, coll. « Village Mondial », 2005. 
Danse avec les renards. Comment nos petites singeries soutiennent le pouvoir marchand,  Éditions du Pali, 2007.

 

 

Bénédicte Vidaillet,

Les ravages de l'envie au travail, Identifier et déjouer les comportements envieux, Eyrolles2007.

 

 

VOIR

>  Entretien avec Pierre-Yves Gomez

 
Dernière modification : 12/06/2018