Ancien événement

08/05/2021 15:00"BONNEFOY ET POUSSIN"

Conférence de Jeanne Dorn
 

Parmi les nombreux artistes auxquels le poète et critique d’art Yves Bonnefoy aura consacré des pages, il n’en est pas dont il se soit senti plus proche, dont il ait envisagé le destin en parenté plus intime avec le sien, que Poussin. De cette admiration profonde du poète pour le peintre, il s’ensuit un ensemble d’interprétations nouvelles des œuvres, formulées pour la première fois dans l’ouvrage de 1970, Rome, 1630, et qui s’approfondiront dans deux conférences de l’année 1994, prononcées à l’occasion des importantes expositions Nicolas Poussin au Grand Palais et à la Villa Médicis. La première période de l’art de Poussin, qui s’étend de son arrivée à Rome en 1624 jusqu’à l’année 1630, est comprise par l’écrivain à travers son élaboration de la figure du jaloux-artiste, laquelle s’adosse à ses lectures de L’Arioste et de Shakespeare. Dans l’élucidation de ces premières œuvres, Bonnefoy découvre, en exhumant les préoccupations du peintre, le risque de la passion pour les images, et la violence qu’est susceptible d’exercer la pratique artistique. Les œuvres des années 1630, en particulier La Peste d’Asdod et L’Enlèvement des Sabines, auront dès lors pour fonction principale de remédier à cette violence, ou plutôt de la dépasser sous le signe de la Forme apollinienne et grâce à l’entremise de l’architecture peinte. Enfin, ce cheminement est récapitulé dans le chef d’œuvre de 1640, Les Bergers d’Arcadie du Louvre, dans lequel, selon Bonnefoy, Poussin livre son testament et le sens de son art.

 

Ces interprétations très fructueuses ne se construisent toutefois pas sans impensés, qui gagnent à être débusqués dans la mesure où ils sont révélateurs, d’abord de la poétique de Bonnefoy et des fins qu’il assigne à celle-ci, mais aussi des présupposés sur lesquels reposerait une histoire de l’art qui en adopterait les catégories. La question de la violence est l’un de ces implicites, entrevue pourtant dans les premières œuvres du peintre, mais résolument méconnue dans sa teneur fondatrice, et finalement éludée au profit d’une réconciliation tributaire de son hégélianisme, et nourrie de l’espoir d’un rassemblement de la société autour d’un « classicisme moderne ».

 

Jeanne Dorn est doctorante en histoire de l'art à l'université Paris X Nanterre, où elle prépare une thèse sur la pensée de l'art d'Yves Bonnefoy.

 

 

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Dernière modification : 19/04/2021
Animateur/Intervenant/Confèrencier : Jeanne Dorn

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