René Girard -

Introduction (en anglais) 

René Girard explains his contreversail theory


1) Éléments biographiques

  René Girard, né en Avignon le 25 décembre 1923, est professeur émérite de littérature comparée à l'université Stanford, et membre de l'Académie française depuis 2005. Il est l’inventeur de la théorie mimétique qui, à partir de la découverte du caractère mimétique du désir, a jeté les bases d’une nouvelle anthropologie. Il se définit lui-même comme un anthropologue de la violence et du religieux.

  Son premier livre, Mensonge romantique et vérité romanesque, publié en 1961, met au jour les ressorts du « désir triangulaire », à travers une approche de grandes œuvres romanesques (de Cervantès à Proust). Ses intuitions sur le « désir mimétique » lui permettent d’élaborer une anthropologie comparée des grandes formes du religieux archaïque : la question du mécanisme victimaire fait ainsi l'objet de son second livre, La Violence et le sacré, publié en 1972. Il entreprend ensuite de récapituler les grands acquis de sa recherche, dans Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), où il évoque, pour la première fois, l’importance pour lui des textes bibliques. Ces derniers feront l’objet de plusieurs autres livres. En 2007, René Girard ouvre une quatrième étape de son travail, avec Achever Clausewitz, où il montre que la théorie mimétique peut devenir une clé décisive pour interpréter les phénomènes de la violence contemporaine.

  René Girard a pris sa retraite en 1995, et réside aujourd’hui à Stanford.


2) La théorie mimétique de René Girard

  René Girard a su regrouper autour de lui des chercheurs très divers : économistes, anthropologues, critiques littéraires, juristes, philosophes, psychologues, théologiens venus d’Allemagne, d’Angleterre, d’Autriche, des Etats-Unis, de France, d’Italie, du Japon ou des Pays-Bas.

  Tous, dans le droit fil des analyses mimétiques de René Girard, ont décrit le rôle de la violence et du religieux dans la constitution de la culture : l’homme est fils du religieux ; c’est parce qu’ils ont inventé le sacrifice que les premiers groupes humains ont pu perdurer. Cette intuition fondamentale s’appuie sur une étude des comportements imitatifs, tant dans les sociétés animales que dans les sociétés humaines. L’imitation des hommes entre eux est aussi souvent négative que positive : le modèle qu’on imite est toujours susceptible de devenir un rival. Les rites et les institutions, issus du sacrifice, permettent alors de retenir cette violence qui serait sinon contagieuse et détruirait le groupe.

  Cette approche du fonctionnement des sociétés archaïques vaut d’autant plus que nous sommes aujourd’hui dans un monde où les rites se désagrègent, et avec eux les castes et les hiérarchies qui contenaient la violence - un monde d’ « indifférenciation », dit René Girard, où la concurrence, que masquait la culture, apparaît dorénavant au grand jour : violence économique, conflits ethniques, conflits entre les sexes et les générations, crises des institutions… Cet état de fait rend plus que jamais nécessaire de nouvelles formes de médiations : l’avenir de notre culture en dépend.

  L’anthropologie mimétique, fondée sur une étude très fine des rapports de réciprocité, fournit ainsi des concepts précieux pour s’orienter dans le monde contemporain.

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  Au moment où la crise financière, encore mal comprise et ainsi traitée de manière inefficace, produit des ravages économiques, on pense inévitablement à ceux qui avaient, il y a presque vingt ans, appliqué les concepts girardiens aux domaines monétaires et sociaux (Michel Aglietta, Paul Dumouchel, Jean-Pierre Dupuy, André Orléan…) Aujourd’hui, rares sont ceux qui ne reconnaissent pas la puissance des réflexes mimétiques, la « violence de la monnaie » en particulier, chez les divers opérateurs des marchés financiers.

  La vraie faillite, en matière économique et financière, c’est sans doute celle qui, par facilité mathématique (bien que  complexe, conventionnelle et opaque), conduit à utiliser des modèles où le comportement humain est réduit à des schémas simplistes. Les caractéristiques de l’efficience des marchés en constituent un bon résumé… On en connaît les conséquences en matière de valorisation des entreprises. Rien de tel chez René Girard, dont la pensée fournit des bases solides, notamment, aux développements attendus de la finance comportementale.


3) Bibliographie

Mensonge romantique et vérité romanesque, Paris, Grasset,1961.
La violence et le sacré, Paris, Grasset, 1972.
Critique dans un souterrain, Lausanne, L’Âge d’Homme,1976.
Des choses cachées depuis la fondation du monde, Paris, Grasset, 1978.
To double business bound, Baltimore and London, The Johns Hopkins University Press, 1978. London, Athlone Press, 1988.
Le bouc émissaire, Paris, Grasset, 1982.
La route antique des hommes pervers, Paris, Grasset, 1985.
Shakespeare, les feux de l’envie, Paris, Grasset, 1990.
Quand ces choses commenceront…, Paris, Arléa, 1994.
The Girard Reader, New York, édité par James Williams,Crossroad, 1996.
Je vois Satan tomber comme l’éclair, Paris, Grasset, 1999.
Celui par qui le scandale arrive, Paris, Desclée de Brouwer,2001.
La voix méconnue du réel, Paris, Grasset, 2002.
Le sacrifice, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2003.
Les origines de la culture, Paris, Desclée de Brouwer, 2004.
Achever Clausewitz, Paris, Carnets Nord, 2007.
Anorexie et désir mimétique, Paris, Editions de L’Herne, 2008.
La conversion de l’art, Paris, Carnets Nord, 2008.


4) Voir aussi

Chaire René Girard

article sur Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Girard)



 
Dernière modification : 20/11/2009