Le blog de Benoit Hamot


Vous pouvez réagir en m'envoyant un courriel chez benoit.hamot@free.fr, en précisant si vous désirez rendre publique votre intervention. Les textes anonymes ne sont en principe pas publiés, sauf cas particulier à me préciser.

Je me réserve le droit de modifier et de renouveler régulièrement le contenu du blog, y compris les interventions. La suppression éventuelle d'une intervention n'est pas un jugement de valeur, mais une façon évidente de ne pas trop alourdir ce blog.


21/04/2010:  intervention de Mr Denis Clément:


Bonjour monsieur,
J'aimerai savoir si vous connaissez des auteurs ayant utilisé les thèsesgirardiennes pour traiter du cas de tonte des femmes lors de la Libération enFrance. Je n'en trouve pas et je m'étonne de cette absence. Pouvez-vousm'orientez bibliographiquement.
Merci d'avance.
DENIS Clément.

Bonjour monsieur,

Non, je ne connais pas. Mais c’estun cas classique de vengeance collective, pas de dimension sacrée par contredans ce phénomène.

Cordialement, 

BH


Bonjour,
Merci pour votre réponse.
Pas de sacré : en un sens, vous devez avoir raison. Cependant,il y a quand même des phénomènes à expliquer qui semblent correspondreà ce que nous entendons habituellement (depuis Durkheim) par sacré. Cesfemmes étaient tondues sur une place importante du village puispromenées, dans le but pouvant être compris comme une réappropriation d'unespace perdu. De quoi pouvaient-elles chargées pour qu'on leur reconnaisse unetelle potentialité??!


Cette « réappropriation d’unespace perdu » me semble être une simple hypothèse. Il s’agit peut-êtreaussi d’une monstration (« montrer » et « monstre » ont uneracine commune), ce qui, je vous l’accorde, renvoie directement au sacrévictimaire.


Je pourrais ajouter que les bourreaux, ceux qui tenaient les ciseaux,"disparaissent" aprés l'opération, et ce dedifférentes manières (dans le discours des historiens, dans lrecours auxtémoignages pour ne pas perdre la mémoire, comme cible des attaques peu aprésétant devenus les nouveaux salauds).


La foule des lyncheurs disparaitégalement bien souvent dans les mythes. Mais de façon générale, ce qui estmontré, c’est bien le monstre ; la victime émissaire.


De plus, la sexualité est vue dans certains cas comme impure (avec les Boches)et comme pure (entre nous), l'une ou l'autre selon les cas (avec les soldatsalliés).


Là encore, c’est une hypothèse. Lasexualité et l’amour en général entre ennemis dilue les frontières entre lebien et le mal, lorsque cette frontière donne lieu à un affrontement : l’affrontement,la guerre, ne peut en effet se justifier que par rapport à cette dichotomie. Sil’ennemi n’est pas mauvais, alors la lutte (la résistance) ne peut sejustifier. Ces femmes, par leur comportement, niaient d'une certaine façon toute justification auxcombats, à la résistance contre l'occupant. Néanmoins, il convient de noter quela sexualité n’est pas une circonstance aggravante, bien au contraire ;les amis des « boches » ont été bien plus maltraités (tout simplementéliminés). Les amoureux (amoureuses) ont été seulement humiliés. A mon avis,cela peut s’expliquer par la distinction antique et profonde entre l’hostis etl’inimicus (voir la thèse de Carl Schmitt, reprise de façon plus sympathique parJulien Freund). L’ennemi dans la guerre, c’est l’hostis, on n’a pas besoin dele connaitre, ni, a fortiori, de le détester pour le combattre ; c’est unsimple devoir patriotique. L’inimicus, c’est l’ennemi intime, celui que l’oncombat parce que sa fréquentation nous a amené à le détester (c’est en généralle « modèle-obstacle » de la théorie girardienne). Il y a là deuxplans qui ne se croisent pas, ainsi, on peut être un bon patriote et désirer unhomme qui n’a pas la nationalité qu’il faut à ce moment là.  Cela n’a tout simplement rien à voir. C’est parce que les genssentaient confusément cela qu’ils n’ont pas été aussi dur avec ces femmes amantesqu’avec les amis (politiques) des ennemis.

De tels évènements laissent destraces dans les arts, que ce soit sous la forme littéraire des mythes, ou plusrécemment du cinéma ; comparez par exemple « Hiroshima mon amour »et n’importe quel mythe de persécution ; les œuvres actuelles (depuis la Passion du Christ) parlent deréalité, et du point de vue des victimes, les mythes mentent, et adoptent lepoint de vue de la foule. Voilà ce que nous apprend Girard et qui est encore vérifiableà propos de ces évènements et de leurs suites.


Encore un élément, ces tontes furent des rituels en ce sens qu'ellespermettent de procéder à une inversion des valeurs, de toucher à ce qui estusuellement intouchable. On a beaucoup de témoignages et de dépositionsqui récusent le caractère violent de ces tontes.
 
On peut s'interdire dans l'analyse le recours au sacré ; on ne peutpas faire l'impasse sur l'explication de ces symptômes du phénomène.C'est pourtant ce qui se passe pour le moment, aucune publication ne semblantchercher à épuiser la théorie girardienne sur les faits historiques.


« Épuiser la théorie Girardienne » ? Je ne comprendspas très bien… De façon générale, Girard nous apprend que toute la culturehumaine s’origine dans le meurtre collectif ritualisé, et que cette culturecherche par tous le moyens à masquer son origine, qui ne cesse de transpirer malgré ces efforts àtravers les productions culturelles. C’est donc la culture qui finira par s’épuiseravant, non pas la théorie girardienne peut-être, mais avant la Révélation. Car la théorie mimétique s'origine, elle, s'origine bien là.  


Permettez que je vous tienne au courant si mon article se voit sélectionné.


A bientôt.
Clément DENIS.






 
Dernière modification : 21/04/2010


Ajouter un commentaire

-- Répondre à un commentaire --

-- Ajouter un commentaire --

commentaire :

Envoyer