Le blog de Richard Pin

Présentation


Professeur d’Economie et de Gestion à Sciences Po Lille, Richard Pin propose des billets inspirés par son expérience d’enseignement et de recherche fondés sur les travaux de René Girard. http://iep.univ-lille2.fr/enseignants/prof.php?numens=511


L’objectif de l’auteur à travers ce blog est de montrer qu’il existe une sympathie entre la théorie mimétique et le management, à tel point qu’une réflexion sur la première, comme une réflexion sur le second, non seulement opère des ponts entre les deux domaines, mais peut aussi les enrichir mutuellement. La démarche peut être ainsi résumée : se servir de la théorie mimétique, mais aussi la servir.


Sont donc proposées des contributions vulgarisant des perspectives, des analyses et des outils inspirés par la théorie mimétique dans le domaine des sciences de gestion, et plus particulièrement dans celui du management des organisations. De fait, ce blog est un espace didactique se composant de contributions rédigées sur un format d’environ 5000 caractères, délibérément informelles et aussi vivantes que possible (liens vers d’autres sites, liens vers des formats vidéo, photos…).



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Les lecteurs sont bien évidemment invités à réagir à ces contributions. Pour des raisons pratiques, ces réactions sont à adresser par mail directement à l’auteur (richard.pin@iep.univ-lille2.fr) : questions, demande de références, proposition de thématiques, témoignages ou autres. Une réponse sera envoyée par mail. Les questions, réactions, commentaires, les plus significatifs seront publiés.



10 janvier 2008

Quoi de neuf ? Du même...


Et si nous revenions sur la réception de René Girard à l’Académie française le 15 décembre 2005 ? Michel Serres remerciait alors le nouvel Immortel de nous avoir révélé notre violence et celle de nos sociétés. Hommage était rendu à l’hypothèse mimétique, jugée la plus féconde du siècle.


http://www.academie-francaise.fr/Immortels/discours_reponses/serres_2005.html


Nous pouvons mesurer l’importance de cette pensée à l’aune de son rayonnement, entre autres quant à son extension à l’économie. Par là, nous pouvons mieux comprendre les mécanismes du désir et de la concurrence, notamment grâce aux travaux de Jean-Pierre Dupuy. La mimésis girardienne, reconsidérant l’ordre social et les sciences humaines, questionne bien les sciences sociales en leur entier, y compris celles relatives au management.


L’hypothèse mimétique intégrée, nous relisons notre rapport aux autres, partant de notre imitation et du désir en découlant. Liberté et autonomie du manager ? "Illusion romantique" ! Nous ne sommes pas autonomes dans notre volonté, ne voulant que ce que veulent les autres. Rationalité de l’homo oeconomicus ? L’abondance de l'information n’est mise à profit que pour copier les autres, leurs raccourcis et leurs erreurs. Fondamentaux économiques ? L'accélération des interrelations fait que modes et désuétudes, bulles et crashs sont toujours plus fréquents, sévères et complexes. Différenciation ? Obsédées par le benchmarking, les organisations s’imitent pour mieux se concurrencer, mais sans l’avouer au risque de perdre leur prétendue singularité. Nouveauté ? N’en déplaise aux entreprises : elles ne proposent souvent que du même, malgré tous les efforts qu’elles peuvent faire pour nous dire qu’elles innovent. Réussir ? Imiter le mieux les autres. Ou le moins mal.


En 1966, Theodore Levitt, Professeur à la Harvard Business School, défend l'idée que le succès de la plupart des entreprises dépend plus de l'imitation que de l'innovation. Vouloir créer de "nouvelles nouvelles choses"
? Perversion explique-t-il : alors que l'innovation est essentielle pour notre économie et notre société, elle n’est pas vraiment une nécessité commerciale pour des entreprises qui survivent sans elle. Vertueuse imitation : elle peut être un choix économique. Dangereuse imitation : elle promeut instabilité et imprévisibilité. Capricieuse imitation : elle est un phénomène collectif qui ne peut être aisément anticipé, planifié ou contrôlé. Inévitable imitation : les fondamentaux du comportent humain ne changent pas, le progrès social et technologique ne fait même que les amplifier. En 1983, lorsque Theodore Levitt introduit le terme "mondialisation", il désigne la convergence des marchés pour les produits des marques multinationales. Les échanges commerciaux mondialisés ne sont qu’imitation et rivalité passées à l’échelle planétaire.


Loin de l’idée du "doux commerce portant la paix", si chère à Montesquieu, la globalisation n’est efficace que parce qu’elle se nourrit des passions rivalitaires des individus. Proche de la conception de Clausewitz, le commerce, comme la guerre, est "conflit de grands intérêts". La concurrence génère une activité humaine où les réciprocités sont immédiates, brutales, presque archaïques. Dans ce climat de suspicion vis-à-vis des organisations et de ceux qui les dirigent, comment rappeler que la compétition et ceux qui l’incarnent peuvent aussi générer innovations et progrès ? Mais, dans le même temps, comment comprendre que la chute du mur de Berlin, trop rapidement interprétée comme la fin du communisme, soit concomitante avec le déchaînement d’un capitalisme effréné ?


Les tensions s’accroissent autour de ressources se raréfiant, les armes nucléaires prolifèrent, les sciences du vivant sont confrontées à des défis majeurs, tels les manipulations génétiques ou la disparition d’espèces : ce sont les "trois questions terrifiantes" dont parle René Girard (voir Achever Clausewitz). Rien n’y fait : il nous semble impossible de comprendre que si la concurrence est positive, son exacerbation ne va nous mener qu’à notre perte.


Voici revenues de grandes heures.


Une nouvelle génération de responsables va accéder en Europe au pouvoir économique. Telle est la mécanique démographique. Ces femmes et ces hommes veulent créer de la valeur, mais autrement nous disent-ils.


De nouveaux leaders chinois ou indiens deviennent non seulement concurrents, mais aussi propriétaires de sociétés européennes ou nord-américaines. Telle est la mécanique économique. Ces organisations et ceux qui les incarnent sont issus des marchés dits « émergents » et veulent toujours plus de croissance et de profits.


Ainsi devient-il approprié de faire travailler la théorie girardienne, à même de poser de vraies questions, de proposer des cadres originaux et des outils efficients. Une occasion précieuse parce qu’unique nous est offerte de mettre en évidence l’efficacité de l’hypothèse mimétique au regard de sa capacité à orienter positivement l’impact des individus sur le social.


Penser le pire, agir contre : telle est la version girardienne du think global, act local.






18 novembre 2007

Nous nous imitons et ne cessons d’en subir les conséquences


J’ai eu l’intuition en 1999 qu’il n’était pas pertinent d’enseigner le management des organisations en passant sous silence l’œuvre de René Girard. « A partir de Girard, nous pensons pouvoir élaborer une théorie de la construction sociale de la réalité » : Paul Dumouchel et Jean-Pierre Dupuy, avant-propos de « L’enfer des choses », sous titré « René Girard et la logique de l’économie », 1979. « René Girard bouleverse tout le paysage des sciences de l’homme », « les sciences sociales (…) en subissent les retombées » : Paul Dumouchel, ouverture du Colloque de Cerisy, 11 juillet 1983. Le  Centre de Recherche en Epistémologie et Autonomie (CREA) : à partir des années 1980 et sous l’impulsion de Jean-Pierre Dupuy, des recherches sont menées sur les rapports entre les modèles auto-formels de l’auto-organisation dans les sciences de la vie et les sciences de l’homme, ce en donnant place à la théorie mimétique.


Compte tenu de tout cela, pourquoi les sciences de gestion, en tant que sciences sociales, ignoreraient-elles la pensée de René Girard ?



J’ai donc commencé à parler de la théorie mimétique à des étudiants et de son intérêt pour l’administration des affaires, la conduite des hommes et des organisations. J’ai commencé un parcours de recherche en sciences de gestion et développé un travail autour de la théorie mimétique. Le démarrage de cette aventure ne fût pas un long fleuve tranquille. Sans le soutien de quelques personnes, au premier rang desquelles René Girard, elle n’aurait pas survécu. Mais ceci est une autre histoire.


Aujourd’hui enseignant-chercheur à Sciences Po Lille, j’ai souhaité faire vivre ce blog afin de partager quelques réflexions sur ce parcours et sur mon quotidien d’enseignant-chercheur. Il s’agira d’un semblant de site Web personnel, composé de billets publiés au fil de l’eau, nés principalement de la richesse des échanges avec mes remarquables étudiants du Master Management de l’innovation sociale de Sciences Po Lille et de mes conférences académiques. L’idée est de proposer des idées, de commenter des cas, de pousser une réflexion et de faire partager une activité d’enseignement et de recherche avec le plus grand nombre de personnes possibles intéressées par la pensée de René Girard et / ou la vie des organisations.



Faire travailler - comme dirait Jean-Pierre Dupuy - la théorie mimétique dans les organisations. Voilà mon entreprise depuis huit ans. Faire honnêtement que des étudiants en formation initiale, des cadres en formation continue, acquièrent une meilleure intelligence du système dans lequel ils évoluent. Rencontrer ceux qui connaissent la pensée de René Girard et sont dans la vie des organisations. Parler avec eux de l’expérience de connaître la théorie mimétique et d’être dans l’action. Apprendre avec René Girard, et, via l’Association Recherches Mimétiques, avec ceux qui se sont intéressés à ces travaux, au premier rang desquels Jean-Pierre Dupuy.


Je souhaite débuter ce blog en apportant aujourd'hui quelques éléments de réponse à la question posée hier, à savoir pourquoi les sciences de gestion ignoreraient-elles la pensée de René Girard.


Les sciences de gestion n’ignorent pas la théorie néo-mimétique : elles sont la théorie mimétique.

Il n’est qu’à lire ou relire les grands auteurs ou les best-sellers de la littérature managériale (qui ne sont parfois pas les mêmes) à l’aune de la théorie mimétique pour s’en convaincre : Peter Drucker, Mary Parker Follett, Elton Mayo, Thomas Schelling, Steven Covey ou Daniel Goleman. Tous ne disent qu’une seule et même chose : nous nous imitons et ne cessons d’en subir les conséquences.



La théorie mimétique ne s’enseigne pas, encore moins dans les organisations où elle est déjà connue.

Dire à des organisations qu’il convient d’observer ses concurrents et de repérer les bonnes pratiques ? « Tout ce que je fais, mon âne, mon âne, tout ce que je fais, mon âne le refait » (Chanson enfantine). Expliquer à des leaders qu’il arrive que par effet de système, un groupe social attribue à un individu, à un projet ou à une activité tous les maux de la terre avant de l’exclure du dit groupe ? « On tira à la courte paille pour savoir qui, qui, qui serait mangé, pour savoir qui, qui, qui serait mangé ohé ohé » (Il était un petit navire).

A bien y regarder, il est en revanche éminemment précieux pour la conduite des organisations de penser les conséquences de l’imitation. Les bonnes, comme les mauvaises. Il est indéniable que les organisations apportent des biens et des services à même d’améliorer la condition des individus : les biens et services collectifs, les innovations technologiques et scientifiques doivent beaucoup au fait que nous réussissons à plusieurs ce que nous ne ferions pas seuls. En apparence, tout va bien. Mais ne nous y trompons pas. « Chacun se croit seul en enfer et c’est cela l’enfer » écrit René Girard.   




Il n’est peut être plus possible de penser et / ou de vivre l’organisations sans avoir la théorie mimétique en tête.

Morphogénétique, elle peut nous aider à comprendre les problèmes à leur origine et nous doter ainsi de la capacité à résoudre définitivement des paradoxes, plutôt qu’à apporter temporairement des solutions.

Complexe, elle peut nous permettre aujourd’hui de faire que les organisations innovent et produisent des réponses opérationnelles à des problématiques globales.

Pratique, elle peut nous permettre de vivre l’organisation comme le lieu où l’interrelation entre les individus est la plus exacerbée, la plus potentiellement dangereuse, mais aussi la plus porteuse de nouveau et d’utilité sociale.



René Girard dans les organisations, ce n’est pas une question de pertinence, c’est une question de survie.

La théorie mimétique n’est pas une théorie comme les autres, une théorie de plus qui serait à ranger sur les étagères du savoir entre philosophie, anthropologie, théorie du religieux ou que sais-je d’autre encore. Il s’agit là d’acquérir une compréhension des dynamiques sociales, de penser efficacement le désordre, de diriger intelligemment projets et organisations, de résoudre définitivement certaines misères humaines et surtout d’éviter la catastrophe environnementale ou culturelle ultime. « Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire » René Girard, 2007, Achever Clausewitz.


 

Cliquez pour agrandir l'image

(Escher M. C., Mains dessinant, 1948)




 
Dernière modification : 03/04/2010

1) Posté par Kornobis le 2/11/2007 - 9h40 (répondre)


La théorie mimétique dans le management ! Un blog qui sera certainement particulièrement consulté. Il faut se rappeler le rôle qu'a joué Edward Bernays (1891-1995), neveu de Freud, "Clausewitz du marketing", dans la promotion et l'utilisation de la rivalité homme-femme pour relancer (dès 1945) l'économie américaine grâce à la publicité et aux nouvelles techniques de vente qui utilisaient, à d'autres fins, les ficelles de la propagande militaire.

2) Posté par Wandrille le 22/11/2007 - 11h42 (répondre)


Bonjour,
Etant je suis actuellement étudiant en cinquième année à Sciences Po Lille et j’ai le désir de mieux connaître la théorie de René Girard. J’ai donc lu, suivant vos conseils une petite introduction de les origine de la Culture (par René Girard, Pierpaolo Antonello, et João Cezar de Castro Rocha).

Puisqu’il faut un début à tout, et malgré l’absence de modèles, j’aimerais vous poser quelques questions :

Je voudrais vous demander pourquoi, tout au long de l’ouvrage j’ai eu l’impression que René Girard ne définissait jamais vraiment quelque chose de clair : Pourquoi n’y a-t-il pas de définition précise ? Certes on peut me contester que l’ouvrage ne se prête pas à des définitions mais Qu’est ce que la culture ? En effet en affirmant que la culture a pour origine le bouc émissaire, cette rivalité peut elle expliquer tout les phénomènes culturels ? Porter des chaussures serait donc le fruit d’un bouc émissaire?

Si l’on défini le processus mimétique comme une relation entre un sujet, un objet et un modèle, dans lequel l’objet est désiré non par pour lui-même mais par le désir de correspondre au modèle engendrant ainsi un processus mimétique ; peut on alors analyser les explications de René Girard, comme une volonté délibéré de faire découvrir sa théorie mimétique à travers un processus, qui serait un parallèle à sa théorie. En d’autres termes est ce que René Girard cherche à se faire comprendre ; par ses nombreux exemples, ses reprises d’exemples ; par un processus mimétique : c'est-à-dire que l’on découvre la théorie progressivement, qu’on la désire et on entre ainsi progressivement dans un processus mimétique : Est-ce que René Girard utilise sa théorie pour l’explication de sa théorie ? (mais cela peut il s’appliquer à toute théorie explicative, ou scientifique ? et dans ce cas n’y a-t-il pas dissonance avec la théorie mimétique de René Girard ? Se situe t on alors dans une médiation externe ?)

Les rituels constituent un équilibre chez René Girard (institutionnalisation du bouc émissaire), ceux-ci semblent plus rares aujourd’hui mais sont-ils radicalement différent aujourd’hui par rapport aux sociétés archaïques, où sont elles sensiblement les mêmes, mais plus souples répondant à la théorie de Norbert Elias ? En d’autre terme si René Girard affirme que la théorie mimétique est difficile à voir (il est caché comme un meurtre l’est), est ce que la nature du processus a-t-il changé radicalement entre nos sociétés « moderne » par rapport aux sociétés « archaïques » ?

Christianisme et violence : Comment comprendre le comportement de Jésus devant les marchands du Temple ? Encore une rivalité mimétique ?
Encore merci pour ces débuts de réponses

3) Posté par Benoit Hamot le 27/11/2007 - 20h09 (répondre)


En réponse aux questions de Wandrille:
Culture: la violence unanimement dirigée vers un seul, qui par sa mort apporte la paix (l'expulsion sacrificielle) est un évènement qui marque le seuil de l'hominisation et de la culture, c'est à dire de la capacité de nommer. Le premier être désigné (par l'index accusateur et par les pierres lancées) est aussi le premier être nommé. Ce premier nom est aussi le nom du premier dieu, et les traces corporelles (sans doute ingérées) directes ou indirectes (traces) de cet être hors du commun sont aussi les premiers symboles. Culture, hominisation, symbolisation, conscience de la mort et croyance en un être surnaturel vont de pair. D'une certaine manière, ces termes sont indissociables: ils se forgent dans la même fournaise sacrificielle. (Je reconnais que cette explication est trés elliptique)
Pour la suite, je vous conseille de lire René Girard, qui ne se résume pas en une ou deux phrases...
Mais encore, en réponse à votre dernière question: les marchands du temple sont en fait des changeurs de monnaies et de victimes, c'est à dire qu'ils troquent des pièces de monnaies (qui sont des substituts sacrificiels ultimes) contre des animaux à sacrifier sur l'autel du temple (qui sont des substituts sacrificiels intermédiaires). Jésus condamne une forme de régression dans l'échelle des substituts au sacrifice humain primordial, qu'il veut achever. Je conçois fort bien que vous écarquilliez vos yeux en lisant ceci, mais pour une démonstration complète, il faudrait que vous puissiez me lire, aprés avoir lu Girard bien sur... Il faudrait donc que je sois édité...
Et aussi: renverser des tables et de la monnaie, ce n'est pas faire preuve de violence. Sauf dans notre petit monde moderne, bien sur, ou tout un chacun se doit de se sentir agressé par une myriade de harcélements moraux, avant d'aller chercher des coupables imaginaires dans sa petite enfance, à la faveur de la douce attention flottante d'un psy. Jésus n'est pas politiquement correct.

4) Posté par Pin Richard le 30/11/2007 - 21h11 (répondre)


En réponse à 2) Wandrille

Bonjour Wandrille,

Je vous remercie beaucoup pour votre contribution. Celle-ci est très riche et il m’est impossible d’y répondre de façon aussi détaillée que vous le souhaiteriez, mais je vais me prêter à l’exercice, puisque tel est le principe de ce blog.

Vous avez suivi une de mes conférences « Négociation » dans le cadre de la préparation des étudiants de Sciences Po Lille sélectionnés pour le modèle des Nations-Unies de l’Université d’Harvard. J’ai donné là un point sur les théories de la négociation à l’aune de la théorie mimétique et n’ai donc pu développer les tenants et aboutissants de celle-ci.

Vous avez été à l’évidence « attrapé par Girard » et cette conférence vous a ouvert l’appétit, en même temps qu’elle vous laissait sur votre faim. Bien sûr, je peux vous proposer de participer aux séminaires de lecture autour de René Girard que je mets actuellement en place à l’IEP, mais je me dois de répondre à votre commentaire qui peut résonner avec les préoccupations de certains lecteurs du blog.

Tout d’abord, votre propos pose la question de la découverte de la théorie mimétique. J’ai posé un jour à Jean-Pierre Dupuy la question suivante : « quel est le premier ouvrage à recommander à des étudiants qui voudraient lire Girard ? » La réponse fût sans hésitation « Le bouc émissaire ». Je suivais depuis ce conseil, sauf pour vous qui semblez orienté sur des questionnements d’ordre culturel et à qui j’avais conseillé « Les origines de la culture »...
Je partage l'avis de Benoît Hamot : lisez René Girard. Je vous propose « De la violence à la divinité » éditions Grasset, 2007. « La théorie mimétique en un seul volume » me disait René Girard récemment. « Mensonge romantique et vérité romanesque » (Grasset, 1961), « La violence et le sacré » (Grasset, 1972), « Des choses cachées depuis la fondation du monde » (Grasset, 1978), « Le bouc émissaire » (Grasset, 1982) - rassemblés ici pour la première fois. J’y ajoute un conseil personnel en forme de clin d’œil : commencez par la fin…

Deuxièmement, vous posez la question de l’apprentissage de la théorie mimétique en soulevant notamment la question de la définition des termes et concepts girardiens.
Comprenez que la théorie mimétique n’est pas présentée en son entier par son découvreur. « La théorie mimétique en un seul volume » comme dit précédemment, c’est quatre volumes publiés à 21 ans d’intervalle, mais aussi et surtout 40 années de la vie d’un chercheur. Prendre des morceaux est bien sûr possible, mais il n’empêche : la théorie mimétique fût d’abord pensée comme un tout et doit être intégrée ainsi. Petite astuce du pédagogue que je suis : munissez-vous de l’ouvrage de Charles Ramond « Le vocabulaire de René Girard », Ellipses, 2005. Le seul titre vous fait ici comprendre l’intention de l’auteur et la mienne…

Troisièmement, vous avez l’intuition de l'importance des défis intellectuels lancés par la théorie mimétique et vous en êtes un peu « gêné ». « Est-ce que René Girard utilise sa théorie pour l’explication de sa théorie ? » demandez-vous. Ceci est très bien observé, mais je voudrais ici apporter une précision. La théorie mimétique est une théorie dont le pouvoir explicatif est puissant et fascinant (comme la théorie des jeux par exemple, mais sûrement plus encore). Et nous voilà face à un problème majeur que je signalais dans le billet auquel vous avez réagi : ce n’est pas une théorie comme les autres. Par expérience, il convient d’avoir une solide formation en sciences sociale et humaines pour la manipuler d’abord correctement et ensuite sans risques pour soi-même. Il en est beaucoup qui sont bien mal à l’aise avec cette théorie.
Voilà sans doute une mission pour l’ARM dans la mesure où sa raison d’être est non seulement de diffuser la pensée de René Girard, de structurer la recherche qui s’en réclame, mais aussi de créer des moments d’échanges et de rencontres.

Enfin, quant à votre question à propos des marchands du Temple, la réponse de Benoît Hamot est amusante : « Jésus n’est pas politiquement correct ». René Girard est très friand de ces passages des Evangiles un peu questionnant et pour lesquels la théorie mimétique a beaucoup à dire. Je ne peux que vous recommander de vous pencher sur les « paraboles paradoxales ». Vous avez sans doute noté que j’étais moi-même friand des paraboles, paradoxes et dilemmes que nous proposent les sciences sociales, dont la science économique et les sciences de gestion.

Concluons.
Lire Girard. De la violence à la divinité : la théorie mimétique en un seul volume. Commencer par la fin… Participer aux séminaires de lecture. Adhérer à l’ARM. Se frotter aux paradoxes.

De vous lire sur le blog,

RP

5) Posté par cros le 26/12/2007 - 11h20 (répondre)


Bonjour messieurs

Dans son livre de 1978,Des choses cachées depuis la fondation du monde,René Girard fait une lecture non-sacrificielle de l' Evangile(lecture que ,personnellement j'ai trouvé géniale,osons le mot).Il oppose cette lecture à la lecture sacrificielle de l'Evangile qui a été et qui reste celle de l'Eglise catholique."Victime dont le sacrifice nous réconcilie avec Toi (Dieu le père)" dit on chaque dimanche à la messe en parlant du Christ.Or,j'ai l'impression qu'avec le temps mr. Girard se rapproche de plus en plus de la doctrine catholique (dans des articles,des entretients...etc...).Ce n'est pas un reproche,mais,en ce cas,ne risque t-il pas de faire oublier ce qui est son apport original: la lecture non-sacrificielle des Evangiles.Oubien a-t-il rejeté cette lecture ?

Je ne sais pas si c'est ici le lieu de poser cette question mais,comme elle me parait capitale, je la pose tout de meme.

Au plaisir de vous lire

6) Posté par Trevor le 27/12/2007 - 12h17 (répondre)


En ce qui concerne la lecture "non sacrificielle" des Evangiles, je crois personnellement qu'il s'agit d'une des facettes les plus intéressantes des travaux de Girard. Si vous lisez "Celui par qui le scandale arrive", vous trouverez une réfutation explicite de l'idée d'une lecture "non sacrificielle" des Evangiles. A l'époque où il a écrit Des Choses cachées, Girard avait toujours peur de retomber dans l'erreur "masochiste". Il a vu que le prétendu sacrifice de soi servait souvent de masque, dans le monde contemporain, pour des attitudes romantiques de négation: on se met dans la position du perdant afin de se justifier. Il a donc évité de défendre le sacrifice de soi et a préféré employer des constructions du genre "lecture non sacrificielle". Je crois que son ami le père R. Schwager a vu d'abord que cette méfiance envers le mot de "sacrifice" ne pouvait pas se justifier d'un point de vue intellectuel et théologique. Comme le judéo-chrétien est l'envers du mythe, il faut souligner la ressemblance entre les deux afin de mieux faire ressortir leur différence fondamentale. Aujourd'hui, Girard parle souvent en termes de sacrifice: sacrifice de l'autre (religion archaique) ou sacrifice de soi (christianisme). Cette façon de parler n'est pas gratuite. La symétrie entre les deux expressions signifie qu'on ne peut pas sortir du mimétisme, qu'on est toujours impliqué dans la réalité du sacrifice. D'ailleurs le mot "sacrifice", dans l'usage courant, exprime souvent l'idée d'un sacrifice de soi... Donc, si Girard a semblé renoncer à sa première manière de lire les Evangiles et s'approcher de l'Eglise, cela n'est pas à mon avis pour des raisons "idéologiques", par conformisme, mais au contraire afin de corriger certaines erreurs intellectuelles. Débarrassée de ces restes de conformisme à l'esprit anti-religieux de notre époque, sa théorie me semble d'autant plus concise et cohérente.

7) Posté par François le 4/1/2008 - 13h26 (répondre)


Bonjour à tous!

Je viens de parcourir vos messages qui m'ont grandement intéressé. Bien que je ne sois pas un lecteur de René Girard j'aimerais oser quelques commentaires.

Tout d'abord il semble que la relation entre la théorie mimétique de René Girard et la Chrétienté fait débat. Mais ne serait-ce pas normal que la pensée du philosophe soit profondément imprégnée de l'idéologie chrétienne qui a offert à l'Occident certains de ses principes fondateurs majeurs? Vous évoquiez en exemple la figure de Jésus Christ comme bouc-émissaire. Le mimétisme semble omniprésent dans la pensée chrétienne; ainsi Dieu aurait créé l'Homme à son image, et la vie du Christ devrait servir de modèle à l'existence de tout Chrétien.

Je tiens ensuite à m'arrêter sur la figure du bouc-émissaire. D'après ce que j'ai pu lire su ce blog, le principe de rivalité émanant de la désignation d'un bouc-émissaire semble dominer la pensée girardienne. Mais ne peut-on pas aussi insister sur la tentation fédératrice issue de la désignation d'une telle victime? Ainsi le bouc-émissaire fédère d'un côté ses détracteurs, et d'un autre ses supporteurs. A ce propos la figure de Jésus Christ encore semble pertinente. Condamné à mort pour ses idées, il a ensuite vu sa vie erigée en modèle conquérant.

Enfin, je voudrais éoquer les dangers de la théorie mimétique. Peut-elle devenir un instrument de pouvoir dangereux pour les libertés individuelles? Que ce soit en politique, en publicité, dans nos vies quotidiennes, le mimétisme peut altérer notre mode de penser et d'agir. A l'évidence les dérives possibles s'avéreraient dramatiques si elles étaient orchestrées à de mauvais desseins. S'il y a parmi vous des lecteurs de Dostoïevski, son roman Crime et Châtiment est évocateur. Le personnage principal Raskolnikov est l'auteur d'un article questionnant les limites fixées à ceux qui influencent le cours de l'Histoire. Ainsi, un "Grand Homme" n'a-t-il pas le droit, voire le devoir, de franchir les limites fixées par la société afin de réaliser sa destinée? Si la théorie mimétique est ici absente, les dérives possibles sont en revanche bien présente. L'outil analysé par le romancier russe est le meurtre; dans d'autres contextes, la théorie mimétique ne peut-elle pas également être un outil?

Je vous laisse réagir à mes quelques réflexions. De mon côté j'approfondirai ma découverte des théories girardiennes afin de pouvoir participer plus activement à ce blog.

Et n'oublions pas: bonne année!

François

8) Posté par cros le 4/1/2008 - 19h51 (répondre)


Reponse à mr. Trevor

Si r. Girard a rejeté la lecture non-sacrificielle (ce dont je ne suis pas certain) il faudrait montrer en quoi son raisonement de 1978 était faux car il me semble au contraire d'une grande logique.Or ceci n'a pas été fait dans Celui par qui le scandale arrive.

9) Posté par Trevor le 6/1/2008 - 12h51 (répondre)


En réponse à 8) cros

En réponse à M. Cros:

Vous avez sans doute raison de dire que R. Girard n'a pas renoncé à la lecture non sacrificielle; Je crois que celle-ci reste toujours valable quant à l'essentiel. Pourtant, dans Celui par qui le scandale arrive il s'agit néanmoins d'une mise au point important à mon avis. J'apprécie beaucoup l'élégance et la rigueur logique de cette symétrie entre "sacrifice de l'autre" et "sacrifice de soi". En fait, j'ai l'impression qu'il n'y a pas d'autre choix, pas de troisième voie entre la violence et le sacrifice de soi. C'est pour ça que jai tendance à croire que le "dernier" Girard est encore plus profond que le premier. Mais cela ne diminue en rien l'importance de Des Choses cachées...

10) Posté par Pin Richard le 8/1/2008 - 17h18 (répondre)


Les derniers commentaires du blog sont très intéressants. Surtout, les questions soulevées sont pertinentes. Pourtant, il n’est pas aisé de formuler un questionnement simple, à même de susciter des réactions et de faire que celles-ci alimentent la réflexion des lecteurs. De même, il n’est pas facile de réagir à un commentaire, ni de répondre à une question, en satisfaisant pleinement la personne qui intervient. Aussi, il sera peut être parfois plus adapté que certains contributeurs dialoguent directement entre eux (merci de laisser des coordonnées mails à cet effet) ou me fassent part de leurs interrogations (richard.pin@iep.univ-lille2.fr).

Force est de constater que nombre de questions et de développements tournent autour du religieux. L’anthropologie girardienne est-elle une anthropologie chrétienne ? Est-il possible d’effectuer une lecture sacrificielle des Evangiles ? La théorie mimétique dans les organisations se rapprocherait-elle de la doctrine sociale de l’Eglise ?

Sans éluder ces questions, je voudrais seulement mentionner l’existence du Colloque COV&R (Colloquim on Violence and Religion) qui me semble le lieu le plus adapté qui soit pour réfléchir – entre autres - aux rapports entre le religieux et la théorie mimétique. J’invite les lecteurs intéressés par ces sujets à consulter ce site (Colloque 2008 : http://www.ideasandsociety.ucr.edu/covr/index.html) et à se rapprocher de cette société savante, qui – soit dit en passant – ne réunit pas que des chrétiens.

Sur ce point, nous pouvons nous demander – à l’instar de l’une de mes étudiantes lors du Colloque de l’ARM à Beaubourg (voir compte-rendu sur le blog de Trevor Merill) – s’il faut être chrétien pour comprendre la théorie mimétique. Réponse de René Girard : non. Ici et maintenant, tout ne dépend que du sens que nous donnons au religieux. Il convient de fait d’être extrêmement vigilant sur celui qui peut être donné, qu’il soit construit à partir d’une doctrine religieuse, de la théorie mimétique, des sciences de l’homme, associées ou non. En tout état de cause, de tels développements ne sont pas l’objet de ce blog.

En revanche, il faut bien relever qu’il y a un tort à ne voir dans l’œuvre girardienne qu’une exégèse des évangiles. En ce sens, il serait préjudiciable de perdre de vue le caractère quasi-universel de certains mécanismes décrits par René Girard, notamment ceux liés aux deux hypothèses fondamentales dans son œuvre que sont le désir mimétique ou le bouc émissaire. Du point de vue des phénomènes collectifs, se limiter à une lecture chrétienne - ou prétendue telle - de la théorie mimétique, signifie ne pas se donner la chance de comprendre, à l’aune de cette dernière, comment s’organisent des individus peu ou pas influencés par cette religion (Moyen-Orient, Chine ou Inde). L’ouverture de nos sociétés, leur interdépendance croissante, l’interpénétration de nos intérêts économiques ou de nos modes de résolution de conflits globaux, nécessitent plus que jamais de se doter d’outils intellectuels inspirés par la théorie mimétique afin de penser le désir, la frontière ou la rivalité.

11) Posté par Trevor le 9/1/2008 - 1h27 (répondre)


"Il faut s'en tenir à ce que l'on sait faire", comme l'aurait dit peut-être Peter Drucker... Je ne suis pas certain qu'on puisse éviter la question de savoir si l'on peut traiter de management "en excluant la question ... qui est celle du sens de l'action des personnes au travail". Mais peut-être faut-il tenter tout d'abord de comprendre le fonctionnement des organisations de manière concrète, en se penchant sur des cas précis?

De toute manière, il me semble que les débats actuels sur l'économie et le libéralisme -- autrement dit, les débats politiques -- risquent de nous faire perdre de vue ce côté concret en nous poussant à être soit pour, soit contre les phénomènes économiques en cours. On peut tenter de formuler une critique du système du libre marché tout comme on peut tenter de démontrer que ce système est le meilleur dont nous disposions à l'heure actuelle. Mais ni l'une ni l'autre de ces démarches n'est possible que dans la mesure où l'on possède des connaisances solides dans le domaine.

Peut-être faudrait-il aborder certaines des questions posées par les lecteurs de ce blog dans le cadre d'une étude de cas ou d'un exemple précis? Il me semble, par exemple, que la question de l'innovation est capitale pour ce qui est de l'intersection entre la théorie mimétique et le management. Richard Pin nous rappelle qu'il serait quelque peu présomptueux de vouloir enseigner la théorie mimétique au sein des organisations, où l'on comprend déjà les lois du mimétisme: "Les sciences de gestion n’ignorent pas la théorie néo-mimétique : elles sont la théorie mimétique". En revanche, les sciences de gestion ne sont peut-être pas encore en mesure de penser les conséquences de l'imitation. Dans quelle mesure la recherche de l'innovation peut-elle aboutir à des résultats imprévus, voire indésirables? Quels pratiques de management permettent de trouver un juste équilibre entre la quête du nouveau et le besoin inéluctable d'imiter les autres?

12) Posté par cros le 9/1/2008 - 17h54 (répondre)


Bonjour Messieurs

J'ai l'impression d'avoir un peu fait dévier l'orientation du blog.Ok.J'aimerais donc savoir si mr. Trevor est la personne qui a aussi un blog à l'arm (et qui réside en Amérique du Nord si j'ai bien compris).Si c'est lui nous pouvons continuer à communiquer sur la question CAPITALE d'un éventuel christianisme non sacrificiel sur son blog.Merci a mr Rémy pour son intervention.Je vais essayer de lire le livre dont il parle.

A bientot ? Krstof

13) Posté par Kornobis Jean-Paul le 19/2/2008 - 20h56 (répondre)


Suite à la réflexion de Levitt que cite Richard dans son dernier post et qui « en 1966 défendait l'idée que le succès de la plupart des entreprises dépend plus de l'imitation que de l'innovation. Vouloir créer de "nouvelles nouvelles choses" ? » je me suis demandé si une alternative à l’imitation n’était pas le savoir-faire, le « tour de main » de la tradition artisanale. Par exemple la "Practica" des peintres de la Renaissance italienne rendait possible l’ « invention » qui apparaît comme un véritable "Work in Progress". On n’est plus ici dans la répétition mais dans la « reprise » à la Kierkegaard qui échappe à la logique de l’Un et du même. La création n’apparaît pas ex nihilo rivalisant avec Dieu mais par la transformation en petites reprises d’un modèle initial qui du coup perd son statut d’obstacle.

14) Posté par Kornobis le 27/2/2008 - 13h41 (répondre)


Il faudrait préciser ce que vous entendez par "images mentales" et en particulier se poser la question de savoir si ces images qui pousseraient au sacrifice sont une création originale du sujet ou une imitation d'une image déjà là avant le sujet faisant intervenir l'Autre du désir. S'il s'agit d'une création du sujet, pourquoi le sacrifice ? si c'est une imitation alors ce n'est plus l'image mentale elle-même mais ce qu'elle véhicule de haine et de rivalité qui produit le sacrifice (dans ce cas la parole semble plus efficace dans la mesure où elle donne sa consistance à l'image).

Pour la pierre taillée —il faudrait vérifier —, mais je crois que Girard évoque dans un de ses livres que les pierres utilisées pour la lapidation ont constitué les premiers tumulus témoins sacralisés au fil du temps du sacrifice et améliorés par la suite sous la forme de pyramides de monuments funéraires etc.

15) Posté par Kornobis le 29/2/2008 - 16h08 (répondre)


Peut-on avoir des représentations "détachées"? il y a toujours un autre qui a un moment ou à un autre est là pour donner sa consistance à l'image. L'image a un pouvoir leurrant car comme les mots, elle vehicule le désir 'désir de l'autre'. Le problème des théories cognitivistes c'est qu'à force de tout vouloir voir à partir du seul cerveau on oublie le rôle joué par l'altérité et le langage.

16) Posté par Kornobis le 29/2/2008 - 16h08 (répondre)


Peut-on avoir des représentations "détachées"? il y a toujours un autre qui a un moment ou à un autre est là pour donner sa consistance à l'image. L'image a un pouvoir leurrant car comme les mots, elle vehicule le désir 'désir de l'autre'. Le problème des théories cognitivistes c'est qu'à force de tout vouloir voir à partir du seul cerveau on oublie le rôle joué par l'altérité et le langage.

17) Posté par fabrice le 5/1/2009 - 7h29 (répondre)


Bonjour,

J'ai découvert très récemment l'œuvre de René Girard à travers articles et sites divers. Je suis étonné de l'opposition qui est parfois faite entre sa pensée et celle d'Henri Laborit, en particulier sur le problème de l'origine de la violence. Selon moi, les différences ne sont pas flagrantes. La compétition autour de l'objet gratifiant de laborit ressemble quand même furieusement à la pression du désir mimétique qui s'oriente sur un objet particulier. Dans les deux cas ce désir de possession peut-être orienté par les références culturelles des protagonistes. Les deux auteurs semblent également exclure l'existence d'un instinct de propriété inné, la possession ne résultant que de la nécessité d'assouvir un désir. J'ai également des difficultés à comprendre Laborit lorsqu'il conteste la thèse de Girard selon laquelle la violence est engendrée par l'indifférenciation. Laborit affirme pourtant que la violence est limitée dans la société grâce à l'établissement des règles de dominance (par exemple les échelles hiérarchiques) qui n'empêchent pas l'"inhibition de l'action" mais freinent les mouvements massifs (révolutions...).

Merci de me donner votre avis en la matière .

Bien à vous

18) Posté par Mamou etPapou le 12/10/2010 - 13h54 (répondre)


On n'avait pas vu ça ! C'est très long à lire mais je vais m'y attaquer ... Hamon,c'est celui du P.S.? On part aux commissions, Bises



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