La littérature constitue l’un des domaines de prédilection de René Girard depuis son premier livre jusqu’à son essai sur Shakespeare, en passant par ses écrits sur Dostoïevski, Camus ou les tragédiens grecs. De nombreux chercheurs l’ont suivi dans cette voie, car l’hypothèse imitative s’avère être une approche fructueuse pour aborder les textes littéraires dans la mesure où elle permet de dégager l’investissement existentiel et personnel de l’écrivain sans tomber dans le piège d’un biographisme facile.
D’après René Girard ce n’est pas, en effet, la vie de l’auteur qui explique son œuvre mais plutôt l’œuvre qui éclaire la vie. La rupture créatrice inscrite dans les conclusions des grandes œuvres romanesques fait allusion à une métamorphose spirituelle dans la vie de l’écrivain. Cette métamorphose fournit au romancier une nouvelle perspective et lui donne la possibilité de dépasser les oppositions manichéennes sur lesquelles est fondée l’attitude « romantique ». Le génie romanesque ne connait pas de barrière entre le moi et l’autre ; il retrouve chez tous les deux la même incapacité à se construire une identité autonome et la même fuite subreptice vers le modèle divinisé.